Jeudi 23 Février 2012, St Lazare
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          SETIF GUELMA, KHERRATA :

Les massacres de Sétif, un certain 8 mai 1945

           MASSACRES DU 8 MAI 1945              

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               GĂ©nocide et crime contre lÂ’humanitĂ©

 

 

Incrusté dans la mémoire collective nationale, le mois de mai reste toujours le jalon le plus distinctif et le plus expressif dans l’itinéraire douloureux de notre peuple dans sa dynamique de combat et de lutte pour le recouvrement de sa souveraineté.

Soixante et une années après, le mois du muguet rime toujours avec le mois de Guelma, Sétif, Kherrata..., le mois des massacres de 45.000 civils innocents, cette évocation macabre qui est intimement liée à la définition de l’acte sanglant qui n’est autre qu’un génocide, un crime contre l’humanité, perpétré par le colonialisme français au mépris de toute considération pour les valeurs humaines universelles.

A la mĂŞme heure oĂą fut signĂ© lÂ’armistice enterrant le totalitarisme nazi et fasciste, des balles meurtrières crĂ©pitaient dans nos villes pour abattre des manifestants dans des marches pacifiques, donnant ainsi le feu vert Ă  la soldatesque coloniale, soutenue par des milices de colons europĂ©ens, de commettre lÂ’horrible carnage dans une « chasse Ă  lÂ’arabe Â» qui embrase nos rĂ©gions, oĂą on tira Ă  vue. Les sinistres Achiary et Lestrade-Carbonnel avaient invitĂ© les EuropĂ©ens Ă  participer aux massacres : « Messieurs les colons ! Vengez-vous ! Â».

Un journaliste amĂ©ricain Ă©crira : « It was an open season Â», pour dire la chasse Ă  volontĂ©. Les milices exĂ©cutaient par groupes de 20 ou 30 personnes. Avant la fusillade, les victimes devaient creuser leurs tombes. Les prisonniers sont transportĂ©s en dehors de la ville, Ă  Kef El-Boumba, près dÂ’HĂ©liopolis, oĂą ils sont abattus en chaĂ®ne. Des corps arrosĂ©s dÂ’essence sont brĂ»lĂ©s sur la place publique ou dans les fours Ă  chaux. Des groupes entiers de prisonniers, enchaĂ®nĂ©s et alignĂ©s, sont Ă©crasĂ©s par les roues de chars, des nourrissons sont pris par les pieds pour ĂŞtre projetĂ©s contre les rochers. Les blindĂ©s et lÂ’artillerie, aidĂ©s par lÂ’aviation, pilonnent toutes les « zones de dissidence Â». LÂ’horreur avait atteint son comble.

CÂ’est pour ces hommes, femmes et enfants qui sont au coeur de la mĂ©moire collective nationale, que se commĂ©morent leur marche du 8 mai 1945, leurs souffrances, leurs martyrs. Leur emblème lors de cette marche, que le sinistre Achiary avait cru piĂ©tiner et dĂ©chirer, est toujours lĂ , flottant fièrement entre les mains dÂ’un jeune scout Ă©claireur de la marche rituelle, suivi par une population attachĂ©e dans son recueillement Ă  la dignitĂ©, Ă  la reconnaissance et Ă  la gratitude sous le slogan « pour que nul nÂ’oublie Â».

MaĂ®tre Jacques Vergès, avocat français, invitĂ© comme confĂ©rencier au 4ème Colloque international sur les massacres du 8 mai 1945 organisĂ© Ă  lÂ’universitĂ© de Guelma, dira en substance Ă  lÂ’adresse des AlgĂ©riens : « Comprenez que cette libertĂ© pour laquelle vous vous ĂŞtes battus avec hĂ©roĂŻsme en Italie, en France et en Allemagne ne vaut que pour les EuropĂ©ens. Le scandale est dans les statistiques, oĂą lÂ’on recense plus de morts algĂ©riens pour la France au cours de la Seconde Guerre mondiale que des rĂ©sistants français recensĂ©s au cours de la mĂŞme pĂ©riode Â».

« Il y a lieu de sÂ’enrichir de lÂ’expĂ©rience du passĂ©, fĂ»t-elle celle du malheur. Ne jamais oublier que les victimes du 8 mai 1945 furent traitĂ©es de nazis et leurs assassins glorifiĂ©s comme des dĂ©mocrates. Rappelez-vous quÂ’après le 8 mai 1945, le sort de lÂ’AlgĂ©rie ne sÂ’est pas rĂ©glĂ© dans les « dĂ©bats gauche-droite Â» au Parlement français. Il a Ă©tĂ© scellĂ© le 1er Novembre 1954". « Le crime du 8 mai 1945 est imprescriptible.

Il n’a pas été amnistié puisqu’il n’a pas été reconnu. Un procès est donc toujours possible, soit devant une cour algérienne, soit devant la Cour pénale internationale.

LÂ’avocat finit dans sa conclusion : « Mais la France, non pas celle qui ordonne de glorifier le colonialisme dans les manuels scolaires, mais celle du discours de Pnom-Penh, celle qui a refusĂ© lÂ’agression contre lÂ’Irak, celle qui a reconnu sa responsabilitĂ© envers les juifs livrĂ©s aux nazis, cette France-lĂ  sÂ’honorerait en reconnaissant sa responsabilitĂ© dans les massacres du 8 mai 1945 et sa dette envers le peuple algĂ©rien Â».

La marche, reconstituée chaque 8 mai à seize heures, sera toujours là pour convoquer le colonialisme qui sue encore le crime, à comparaître devant le tribunal de l’histoire et subir devant le forum des hommes la confrontation avec les voix audibles du silence des victimes. Tant qu’il y aurait des hommes, le livre demeurerait ouvert.

 

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Le Lundi 29 Mai 20061 commentaire(s)
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