• LES SOLDATS ALGERIENS DANS LA SECONDE GUERRE MONDIALE
     
     

    Fidèles à leur réputation, spahis et tirailleurs algériens ont fait preuve d'un courage exceptionnel dans les combats les plus durs et les plus meurtriers de la seconde guerre mondiale. Partout, en Belgique, en France, en Italie, en Tunisie, ils se sont illustrés pour l'honneur de la France.

    Tirailleurs et spahis algériens sont engagés au Levant et au Maroc, notamment en 1925, contre Abdelkrim. Dans les années 1930, pour réagir à la montée des périls, les Régiments de tirailleurs algériens (RIA) voient leur nombre porté à seize (huit stationnés en Algérie et huit en France).
    Le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l'Allemagne et envoie plusieurs régiments de tirailleurs algériens en Tunisie, car l'attitude de l'Italie demeure incertaine. D'autres rejoignent le Levant.

      La "Drôle de guerre" est mise à profit pour créer sept nouveaux régiments, ainsi que des unités de soutien. En 1939, la France possède par ailleurs quatre Régiments de spahis algériens (RSA). Avec deux régiments de spahis marocains, ils forment trois brigades à cheval qui sont engagées à partir du 10 mai 1940 au Luxembourg et en Belgique. Elles reviennent ensuite défendre le sol national. Le 6è RSA, quant à lui, a été envoyé début mai en Savoie au sein de la 1re brigade de spahis pour parer à toute menace italienne.
      Les 13 et 14 mai 1940, les 14è et 15è RTA occupant le secteur à l'Est de Sedan au sein de la 3è division d'infanterie nord-africaine font preuve de la même combativité que leurs aînés de 1914-1918. Le 15 mai, la 3è brigade de spahis retarde les Allemands, notamment grâce au 2è RSA qui, doté d'un seul canon antichar, résiste pendant dix heures à La Horgne face à l'assaut des panzers et des Stukas.
      Hélas, malgré les tentatives de rétablissement auxquelles participent les Algériens, le front a été percé définitivement par les Allemands. Sur les 123.000 Algériens engagés pendant cette campagne, 2.600 ont été tués et 40.000 ont été faits prisonniers.
      L'armistice du 22 juin 1940 entraîne la dissolution de nombreuses unités, et l'État français de Vichy n'est autorisé à entretenir en Algérie que six régiments de tirailleurs algériens, étroitement surveillés par les commissions d'armistice.
      A cette époque, le 29è RTA demeure stationné au Levant. Le 1è régiment de spahis algériens est stationné à Médéa et le 3è à Batna. Ces régiments d'Afrique du Nord, privés de logistique et soumis aux contrôles de l'ennemi, continuent à s'entraîner dans une demi-clandestinité et avec des moyens réduits. A la suite du débarquement anglo-américain en Afrique du Nord de novembre 1942, la lutte reprend sur le sol tunisien.
      Les tirailleurs comme les spahis font de nouveau honneur à leur vieille réputation. En effet, les six régiments de tirailleurs d'Algérie, mal équipés, mal armés, suivis plus tard par le régiment revenu de Syrie, ont à lutter dans le désert contre l' Afrika Korps de Rommel et ses alliés italiens.
      Toutefois, la vaillante armée d'Afrique, matériellement soutenue par les Alliés, participe activement à la libération de la Tunisie. Celle-ci se solde par la capitulation germano-italienne du Cap Bon, en mai 1943. Les soldats algériens contribuent donc, par leur opiniâtreté, à faire acquérir de nouveaux titres de gloire à l'armée française qui voit la victoire revenir dans son camp.
      Dès le début de 1944, dans les rangs soit de la 3è Division d'infanterie algérienne (DIA) soit des divisions marocaines, les 1è, 2è, 3è,7è, 9è régiments de tirailleurs algériens combattent en Italie au sein du "Corps expéditionnaire français" que commande le général Juin. La 3è division d'infanterie algérienne compte 16.840 hommes, dont 60% d'Algériens. Trois autres régiments de spahis algériens seront engagés en Italie durant la campagne.
      Comme leurs autres camarades africains, les Algériens ont à surmonter les difficultés de combats rendus pénibles et meurtriers par la rudesse du terrain, et l'acharnement défensif des troupes de Kesselring, notamment autour de Monte Cassino. Les combats de Monna-Casala, du Rapido, de Castelforte, du Garigliano, ou livrés au printemps pour percer les lignes Gustav, Dora et Hitler, jalonnent leur marche victorieuse. Le 18 mai 1944, la 3è DIA perce à San Oliva et ouvre la route de Rome. La " Ville éternelle " est atteinte le 3 juin. Les efforts conjugués de l'armée française et de ses alliés entraînent enfin, le 3 juillet 1944, le recul ennemi sur ce front. Sienne, ville à la richesse architecturale reconnue, est libérée sans destruction. Cette division, qui a perdu 6.276 hommes en six mois, doit être rapatriée en Algérie à l'été 1944. Mais la France a pris une revanche retentissante sur les Allemands et la gloire auréole de nouveau ses drapeaux.

      Les tirailleurs et spahis algériens participent bientôt à la libération du sol métropolitain. Il s'agit en effet, dans le cadre de l'opération Anvil-Dragoon, de libérer la Provence de la 19è armée allemande, retranchée sur le "Südwall". A cette fin, les 3è et 7è tirailleurs, le 2è spahis débarquent à Saint-Tropez le 16 août 1944 avec la 3è DIA, puis mènent avec les Forces françaises de l'Intérieur -en insurrection depuis le 19 - les combats de Toulon et Marseille.
      Le général de Lattre, qui commande le 2è corps d'armée,a promis au général américain Patch de faire tomber les deux places en 15 jours. Encerclé complètement le 21 août par le 3è régiment de tirailleurs algériens qui s'est infiltré par des pistes réputées impraticables, Toulon est isolé. La place capitule finalement le 27, et Marseille le 28. Les Français font 44.000 prisonniers.
      En moins de dix jours, l'armée de de Lattre a gagné la bataille de Provence. ..
      C'est ensuite pour la 3è DIA la marche fulgurante vers le Nord par la vallée du Rhône au milieu d'une population en délire. En septembre, la 1è brigade de spahis algériens arrive, ainsi que le 1è régiment de spahis algériens le mois suivant. Le 18 mai 1944. L'armée française pourchasse les Allemands à travers le Jura, puis au-delà des Vosges.
      Le 14 novembre 1944 débute son offensive en Alsace. L'hiver 1944-1945 est rigoureux, et la résistance des soldats indigènes est mise à rude épreuve: le thermomètre descend en effet jusqu'à -24°C. Les pertes de la 3è DIA s'élèvent, chiffre révélateur, à 109 % à la mi-décembre, tous les hommes de la division ayant été au moins une fois blessés ou malades. Malgré l'âpre résistance allemande, Strasbourg est libérée, notamment par le 7è RTA. Le 9 février 1945, l'Alsace tout entière se débarrasse du joug allemand.
      Les RTA qui n'ont pas bénéficié de permissions depuis le début d'août 1944 connaissent enfin un début de relève par des troupes d'Afrique noire. Mais il faut accélérer la curée : spahis et tirailleurs reçoivent bientôt l'ordre de franchir le Rhin par la Forêt Noire. Stuttgart est atteinte le 25 avril 1945 par les 2è et 3è RSA.
      Les 1er et 9è Tirailleurs participent de leur côté aux opérations de la 4è division marocaine de montagne. Dès le débarquement en France, ils sont lancés sur le front des Alpes puis participent brillamment aux opérations offensives en Alsace, à Mulhouse et dans la région de Colmar jusqu'en février 1945, perdant au cours de cette campagne une grande part de leurs effectifs.
      Le 2è Tirailleurs participe au nettoyage des positions ennemies dans la Tarentaise et en Maurienne dans les rangs de la 2è Division d'infanterie marocaine (DIM). Il occupe ensuite Modane.
      Le 6è Tirailleurs et le 1er Spahis sont impliqués, avec la 2è division blindée, dans l'attaque du redoutable camp retranché de Royan, ceinturé de fossés antichars et d'ouvrages bétonnés entre le 13 avril et le 18 avri11945. Le 1er RSA participe ensuite au débarquement sur l'Île d'Oléron.
      Enfin, le 29è Tirailleurs, rentrant des opérations de Corse et de l'Île d'Elbe, part combattre dans les Alpes près de la frontière italienne. Survient alors la victoire finale...
      De 1942 à 1945, les soldats algériens furent 134.000 à servir dans l'armée d'Afrique sur 290.000 musulmans. Comme leurs camarades marocains et tunisiens, ils ont paré leurs fanions de gloire et forcé l'admiration, et leurs drapeaux ont pu flotter victorieusement sur l'Allemagne vaincue. Spahis et tirailleurs furent partout des modèles de discipline et de bravoure au service de la France, reflétant parfaitement " le souvenir de l'héroïsme le plus pur et de la fraternité qui toujours régna dans les rangs de l'armée d'Afrique, tant il est vrai que c'est dans son sein et au creuset des batailles que les deux races se sont toujours le mieux fondues, le mieux comprises et le mieux aimées ", selon la citation du maréchal Juin.

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